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Modération

Contrairement à une plateforme centralisée où une seule entité décide de ce qui est publié et de ce qui est visible, atproto répartit la modération le long du chemin que parcourt l’information. Trois modérations distinctes s’appliquent, chacune à un endroit différent du tuyau.

1. À l’entrée : l’hébergeur (PDS)

Au tout début du tuyau se trouve l’hébergeur des données, le PDS. C’est lui qui stocke les publications d’un utilisateur, et il n’est pas tenu d’héberger n’importe quoi : il peut refuser un contenu interdit par la législation dont il dépend (contenu terroriste, pédopornographique, etc.).

Cette modération porte sur l’existence de la donnée. Un contenu retiré par le PDS, ou un compte dont le PDS suspend l’hébergement, disparaît de la source : plus aucune application ne pourra le récupérer.

2. À la sortie : l’interface (AppView)

À l’autre bout du tuyau se trouve l’interface par laquelle les abonnés consultent les publications : bsky.app, mu.social, et bien d’autres. Chaque AppView applique sa propre politique de modération et peut choisir de filtrer, masquer ou déclasser des publications avant de les présenter à ses utilisateurs.

Comme rien n’oblige deux interfaces à appliquer les mêmes règles, un même contenu peut être visible sur l’une et absent de l’autre. Par exemple, en vous connectant à une application communautaire comme Blacksky, qui fait tourner sa propre infrastructure, vous pouvez voir des utilisateurs et des publications qui ont été bannis côté Bluesky. La donnée existe toujours dans le réseau ; c’est le choix de l’interface qui détermine si vous la voyez.

Ce choix d’interface est indépendant de l’hébergement : vous pouvez très bien rester hébergé sur un PDS de Bluesky avec un identifiant en .bsky.social et vous connecter à Blacksky pour accéder aux contenus bannis par Bluesky, sans avoir à migrer votre compte. Il suffit de changer d’interface pour changer de politique de modération à la lecture.

3. À la carte : les labelers

Enfin, ces interfaces permettent à chacun de s’appuyer sur des labelers (services d’étiquetage), et c’est ce qui rend la modération d’atproto composable.

Un labeler est un service indépendant qui appose des étiquettes (labels) sur des comptes ou des publications : « spam », « nudité », « désinformation », « contenu réservé aux adultes », etc. Il reçoit des signalements, tranche, et expose une interface : à partir d’une requête concernant un compte ou un contenu, il renvoie la liste des étiquettes correspondantes.

La modération devient alors un choix de l’utilisateur plutôt qu’une décision unilatérale de la plateforme :

  • N’importe qui peut créer un labeler et proposer sa propre grille de lecture.
  • L’utilisateur s’abonne aux labelers de son choix depuis son interface.
  • Pour chaque étiquette, il décide de l’effet : ignorer, avertir, ou masquer.

Une même publication peut ainsi être laissée intacte pour un utilisateur et masquée pour un autre, selon les labelers auxquels chacun s’est abonné. La modération cesse d’être un interrupteur global unique pour devenir un ensemble de filtres empilables, que l’on choisit et combine soi-même.

En pratique : le poids de Bluesky

Cette composabilité est une possibilité offerte par le protocole, pas la réalité de l’usage. En pratique, la grande majorité des gens utilise l’interface de Bluesky avec ses réglages par défaut, sans jamais s’abonner à d’autres labelers ni changer d’application.

Le pouvoir de Bluesky sur ce qui est vu par le plus grand nombre est de ce fait actuellement énorme : masquer ou déclasser un contenu dans son interface suffit, dans les faits, à le soustraire à l’écrasante majorité du réseau, même si ce contenu continue d’exister et reste accessible ailleurs. La répartition de la modération entre PDS, interfaces et labelers offre une porte de sortie et un contre-pouvoir réels, mais tant que peu d’utilisateurs les empruntent, l’interface dominante garde une influence déterminante sur la visibilité.

Sources